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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 12:01

...Le lundi 24 mars...

L’amour d’écrire en direct : une soirée d’écriture en direct conçue et réalisée par Marc-Michel Georges, auteur chanteur comédien.
                                       MMG

« J'ai toujours regretté que ces soirées n'existent pas alors je les ai inventées », dit Marc-Michel Georges. "La littérature, puis l'écriture m'ont sauvé, alors que j'allais étouffer, m'éteindre. Depuis, je crois à leurs vertus contre tous les désespoirs.". MMG 

4 auteurs, appelés les écrivants, sont invités à écrire en 7 minutes à quatre reprises au cours de la soirée. Le public attend leurs textes écrits dans l’effervescence et pendant ce temps, chanteurs et humoristes se succèdent sur la scène du Pan Piper.

Les écrivants du 24 mars 2014 : Nicolas Arnstam, Benoit Rivillon, Clotilde Salmon et Camille Solal gagnante élue par le public de ce soir-là.

L'humoriste : Xavier Adrien Laurent, un mini concert de Lou di Franco, la marraine de la soirée : la comédienne Géraldine Danon, le chroniqueur de fin de soirée qui se livre à l’exercice d’une analyse amusante et fouillée : François Thomas, philosophe et metteur en scène.

Et en fin de soirée, quand tout le monde part se coucher, un écrivain écrit un compte-rendu à chaud de la soirée afin de le diffuser dès le lendemain. Auteur de la soirée du 24 mars :Isabelle Bournat  ! Voici le texte que m'a inspiré cette soirée inhabituelle :

                                           Les cris, le vent

Ecrire en direct, c’est presque le contraire d’écrire. Ecrire en direct, c’est le spectacle de l’écriture, le donner à voir de l’écrivain, le geste d’écrire qui se fait regarder. Ecrire, c’est plutôt le retrait malgré des présences, la mise en solitude même si les autres vous attendent ou vous épient, c’est le recoin imprenable où se dit ce que l’on ne sait pas ce que l’on a à dire. Et pourtant, la soirée au Pan Piper a tenté ce pari: demander à des auteurs de devenir écrivants, de se livrer en tant qu’auteurs au moment même où ils écrivent, quand l’acte est en train de se dérouler. D’où le participe présent. Ecrivant. Ils se sont donc lancés, les écrivants, répondant au doigt et à l’œil, mobilisant leurs cerveaux sous les encouragements du public et maniant la plume sous les consignes du maître d’œuvre. Minutage, chronomètre lancé. Ah… Mais où vont-ils ? Voici que les écrivants disparaissent tout de même ? Ils vont se mettre à l’écart, s’éloigner on ne se sait où, pendant que le public est sous le charme d’une chanteuse et d’un humoriste. Les écrivants ont droit à quelques minutes hors de nos vues. Ces minutes, elles sont les invisibles de ce direct, les écoulements de sablier qui autorisent les ratures, les angoisses, la sécheresse, la fièvre dont on ne saura rien. Ces minutes sont celles de l’écriture au bord du précipice. Celles qui vont distordre les consignes et les envoyer dans des contrées inattendues. Quand ils reviennent sur scène, les écrivants ont un cahier avec des gribouillis dessus. Ils ont écrit dans la hâte, dans un direct flou, à peine biaisé, un direct décalé sur quelques mètres, un direct à l’ombre dans la simultanéité de l’attente du public chauffé. Se lancent-ils dans une arène ? Non. Ils se risquent parmi des spectateurs stimulés et stimulants, attentifs et admiratifs. Les auteurs se risquent toujours certes, ils se risquent face à leurs propres vertiges et sous la menace de leur propre folie, mais là ils se risquent inhabituellement avec leurs corps, comédiens d’un moment, auteurs sous observation. Ils se montrent en même temps que leurs textes, ils dévoilent leurs yeux et leurs gestes, là, devant la salle fixée sur eux, au moment même où ils devraient s’effacer, au moment même où ils devraient se cacher derrière les lignes et offrir l’allure des phrases plutôt que la leur, au moment même où ils devraient aller se balader ailleurs laissant leurs récits vivre leur vie à eux, voici qu’ils doivent rester là, debout, sous les curieux qui guettent leurs mots. Et ce n’est qu’un début ! Il leur faudra ensuite écrire en restant sur l’estrade, assis sur un haut tabouret, tenir plus d’une minute le stylo qui prolonge la première phrase imposée. Moment de suspens, défi relevé. Ils l’on fait ! Imagine-ton un amant rédiger sa lettre sous les yeux de sa maîtresse ? Non, l’amant l’aura écrit loin d’elle, dans le décalage d’un espace-temps qui fait réflexion. Les écrivants sont le temps d’une soirée des épistoliers sous le feu des destinataires. Il leur faut de l’audace, le goût du paradoxe, le sens de l’affrontement. Et du rire, du rire, du rire. Il y en a, il court à travers les pages, il fragmente la lecture, il vient aussi de la salle, il délivre l’auteur, il le soutient, le rire se communique, circule du public au plateau, il se mêle aux mots, puis le rire se tait soudain, vaincu par l’écrit, par une narration, par l’émotion d’une improvisation textuelle. C’est tout cela, écrire en direct, c’est ce contresens de l’écriture le temps d’un soir qui donne à comprendre le sens de l’acte d’écrire, qui peut durer toute une vie. C’est l’étirement de l’acte d’écrire et sa condensation, à l’image de l’accordéon de Marc-Michel Georges qui ouvre le bal des mots. Car Marc-Michel a commencé en musique. Il a déplié ses mélodies au son d’accents suaves, il a longé les tessitures avec des vibratos presque secrets, discrets, il a chanté avec un flot d’humour traversé de saccades qui vous font frémir, vous attrapant l’épiderme et le cœur sur une modulation vocale en glissando. Il sait donner confiance aux auteurs et au public. Après sa musique, les quatre auteurs, quatre styles, quatre voix, quatre audaces et quatre talents, peuvent se lancer et offrir une page, deux pages, trois pages….Et des applaudissements sans nombre ! C’est si rare que les auteurs soient applaudis ! Voilà, c’est fait, c’est réussi, et c’est à poursuivre. La vibration partagée entre l’auteur et ses lecteurs a lieu en direct et c’est une expérience chaleureuse, généreuse, inventive.

Isabelle Bournat

 

 

         Pan Piper


           Les"écrivants" du 24 mars 14 : Clotilde Salmon, Nicolas Arnstam, Camille Solal, Benoît Rivillon.

 

 

 

 

 



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  • Théâtre et poésie, l'insurrection et la célébration, le verbe fervent et le presque-silence. Pour se relier aux autres et partager le Tout et le Rien.
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