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Pièce éditée aux Editions Les Cygnes,collection Théâtre Contemporain- prix : 10 euros

                                                                           Mercenaires et rédemption

5 personnages, 2 femmes 3 hommes.

Emie a aimé un homme à en mourir, Dom a été mercenaire. Tous deux se sont livrés corps et âme à une guerre, personnelle ou collective. Dévastés, ils sont en centre de soins, dans des chambres voisines. Face à un médecin et à leurs amis respectifs, ils tentent de sortir du cycle de la violence et s'acharnent à remonter du fond de l'anéantissement. Emie parle d'un amour malheureux et du désarroi dans lequel l'a plongée une guerre civile vécue dans son enfance et qui l'a laissée orpheline. Dom ne supporte plus son rôle d'ange exterminateur. Dans un chant de mort puis de victoire, donnant à entendre crûment l'explosion du noyau de leur être, ils crient leur douleur autant que leur haute idée de l'amour. Dès lors qu'ils affrontent leur souffrance avec les mots, ils prennent le risque de leur conversion. Alors, rythmée par l'inversion de leurs confidents, survient la transfiguration sous le regard de l'autre. L'autre, comme possibilité de salut.

A travers ces histoires parallèles, c'est l'implication de chacun dans la violence de son époque qui se pose. Aujourd'hui, quotidiennement informé, nul ne peut ignorer les massacres sur les fronts d'Irak ou d'ailleurs. Le spectateur, dès lors qu'il sait, ne peut pas être passif ; et s'il prétend l'être, c'est dans le champ de son intimité que risque de rejaillir en d'autres formes ce qu'il autorise sur des scènes lointaines ou sur des écrans de télévision. Si le mercenaire est celui qui, étranger aux parties en conflit, prend part aux hostilités en en tirant un avantage personnel, ne sommes-nous pas tous d'une certaine manière à un moment ou à un autre des mercenaires, actifs ou passifs, par impuissance consentante ? Mais encore bien même le serions-nous tous ne serait-ce que dans un temps infime, la vie contient jusqu'à son ultime instant de quoi nous transformer ou donner à voir une autre face de notre être.

A la violence succède la sortie de la violence à condition que la conscience individuelle, après la traversée du malheur, ait le courage de se confronter au regard d'autrui. Quand surgit un témoin sans préjugé, sans appréciation à-priori sur l'individu, celui-ci peut donner à voir une trajectoire insoupçonnée de son cheminement intérieur. La conscience qui s'expose prend le risque du meilleur.

 

                              Extrait     

 

DOM : Tueur à gages, c'est ce que j'ai été durant tout ma vie. Regardez-moi, plus près...

LISE : Mais là, tout de suite, ce n'est pas ce que vous avez été, là, il y a quelques secondes...Vous n'étiez pas un assassin... Je vous ai regardé là, suppliant, j'ai vu votre figure, moi, j'ai vu vos yeux, votre voix crispée et vos joues toutes nouées, j'ai vu votre cou se tendre et votre front inquiet, je vous ai vu dans le creux de votre détresse, je crois qu'un homme comme ça, qui crie autant, qui appelle autant, c'est un homme qu'une femme peut avoir envie d'aimer de toutes ses forces, à cause de cette stature qui semble s'écrouler, à cause de cette poigne qui montre l'impuissance. J'ai vu un homme là, à l'instant, à travers vous, un homme que j'aurais bien voulu aimer de toutes mes forces. Oh oui, un homme tel que je viens de le voir, je l'aurais enlacé pour l'empêcher de partir n'importe où, emportant sa fureur, je l'aurais embrassé à n'en plus finir pour que son ardeur soit toute entière dans mes bras et mon ventre, j'aurais pris et recueilli la violence de cet homme pour qu'il la convertisse en étreinte folle, une étreinte de bêtes qui ne peuvent pas se séparer, comme si d'instinct toute l'horreur du monde leur commandait de mordre leur chair respective pour contrer le malheur.

DOM : Une minute de repentance, une seule minute de repentance, et ma figure en est changée ?

LISE : On ne voit les gens qu'à travers ce qu'ils nous donnent à voir. Je n'y peux rien, c'est comme ça. Si on me demande ce que j'ai vu de vous, je ne pourrai dire que ce moment-là qui vient de se dérouler entre nous. Rien d'autre. Le reste, c'est ce que vous racontez, moi je ne l'ai pas vu.

DOM : Vous pourriez garder de moi cette minute-là, ce visage-là ?

LISE : Oh, je pourrais, oui ! Et si on me demandait qui vous étiez, je dirais que vous étiez un type avec la figure d'un môme, c'est ça que jai vu. Oui j'ai vu un môme, sans passé,  juste un môme dressé tout entier vers son destin, les bras ouverts et le regard tout blanc...

                                                             

                                                                          * * * * * * * * * * * * * *

 

Une lecture publique inédite de "Mercenaires et rédemption" a eu lieu au Théâtre du Rond-Point (Paris) en mars 2012,   ainsi qu'à Fontenay-sous-Bois, par la Cie Influenscènes sous la direction de Jean-Luc Paliès.

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  • : Isabelle Bournat
  • Isabelle Bournat
  • : Un aperçu de mes pièces de théâtre et autres écrits pour aller plus loin, lire et découvrir et partager...
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  • Isabelle Bournat, auteur.
  • Théâtre et poésie, l'insurrection et la célébration, le verbe fervent et le presque-silence. Pour se relier aux autres et partager le Tout et le Rien.
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