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Pièce pour 6 comédiens, trois hommes et trois femmes.

Publiée aux Editions de l'Harmattan.11 euros.


                                        Dépôt-vente

En quatre tableaux, la pièce se déroule dans une boutique dépôt-vente de vêtements. L'employé Ali, jeune émigré sans papiers, incarne une forme de résistance face au patron affairiste et ravageur. Il est régulièrement rejoint par les voisins de l'immeuble, Martha, puis l'artiste Nour et le vieux Guillaume, spectateurs acerbes et tragiques de la toute-puissance de la marchandisation, tandis que dans la boutique se succèdent sept proies, sept consommatrices toutes jouées par la même comédienne. 

 

                      Extrait...

 

Martha - La voix est l'écho du sexe.

Guillaume - Quand on approche de la mort, on quête un filet de voix près de soi. La vie en chute s'y réceptionne.

Martha - Si vous voulez, demain je vous montrerai mes tableaux.

Guillaume - La première fois que je me suis couché dans le lit de mon premier amant, nous nous sommes regardés sans parler et ce fut un regard comme il en arrive peu au cours d'une vie, un regard où émane non pas un sentiment ou une émotion présente, mais le destin, tout le destin. Ce fut un regard chargé d'une éclosion, l'avenir y résidait, nous nous sommes cru, le temps de ce regard, définitivement alliés et ralliés à l'éternité. Nous étions jeunes, nous étions rêveurs. Jamais je n'y avais repensé, et voilà que je m'en souviens. Vous vous êtes déjà trouvée sur un sentier qui descend en lacets vers une crique? Le chemin escarpé nous entraîne avec lui... Il nous force à courir malgré nous sur les graviers... Nous tendons notre corps en arrière, tâchant de freiner cette descente abrupte, mais tandis que nous luttons, voilà que nous arrive la houle salée avec son bruit de cymbales... Alors nous relâchons instinctivement la crispation de nos muscles et nous laissons cette fois notre corps aller de l'avant, prêts à abandonner la fermeté du sol pour le scintillement de la mer... Mais que nous stoppions violemment notre pas juste à la limite de l'eau, ou que nous sautions directement, nous éconduisons un instant toute trace en nous d'inquiétude, la pesanteur disparaît furtivement. Je me trouve là, juste sur l'interstice.

Martha - En peignant, c'est un peu le lieu de cette dérobade que je cherche à restituer.

Guillaume - Pardonnez-moi mais vos tableaux ne m'intéressent pas.

Martha - JN qui les a vus m'encourage.

Guillaume - C'est dans son intérêt. (Silence) Malheureusement ce sont vos rêves qui vous possèdent et non l'inverse. N'allez pas en plus les donner à voir, il y a suffisamment d'esclaves de nos jours.

Martha - Ali a raison finalement, vous êtes désespérant. Un désenchanteur.

Guillaume - Je ne m'incline pas plus devant la foire aux sentiments que devant la barbarie. (Silence) Vous reprenez du vin ?

 

                                    ****************

 

 

 

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  • : Isabelle Bournat
  • Isabelle Bournat
  • : Un aperçu de mes pièces de théâtre et autres écrits pour aller plus loin, lire et découvrir et partager...
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Qui ? En Un Mot...

  • Isabelle Bournat, auteur.
  • Théâtre et poésie, l'insurrection et la célébration, le verbe fervent et le presque-silence. Pour se relier aux autres et partager le Tout et le Rien.
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Citation préférée

"Si vous n'engagez pas votre vie,

jamais la vie ne vous appartiendra" : Schiller