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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:53

Il était au Vieux Colombier le 21 mars dernier pour une rencontre-échange avec le public. Né en 1934, ça lui fait dans les 79 ans. 79 années d’énergie par les mots, de grand ruée par le théâtre, de précipitation de pièces choc, 79 années dans la conscience allumée pleins feux, avec du jaillissement qui vous éclaire, vous assomme, vous réveille, vous booste et accélère la vitesse des particules à pensée. Au Vieux-Colombier, il a commencé par grommeler que c’était une torture. Parce que c’est pas son truc, le discours du maître sur l’estrade. Logique, il est autodidacte. Il sait que personne n’apprend rien à personne, tout est dans le respect au sens premier, c’est-à-dire dans le fait de regarder l’autre et de lui reconnaître ses capacités personnelles, sa faculté d’ouvrir un livre, d’user de sa volonté de découvrir et d’enclencher son esprit critique. Alors il a donné, il a démarré et roulé à sa façon, Edward Bond, et libre à chacun de recevoir comme il veut et d’en faire ce qu’il veut avec sa propre tête. A sa droite, le traducteur aux côtés de Laurent Muhleisen de la Comédie Française, à sa gauche Christian Benedetti. Il a enchainé sans ordre tout ce qui lui venait à l’esprit, quelquefois en se levant brutalement. Il a parlé des crises du théâtre au cours de l’histoire avec les Grecs, le déclin de la démocratie et la montée de l’église, puis est vite passé à la crise actuelle du théâtre qui dure depuis un bon bout de temps et va de pair avec le déclin de l’humain chez les humains. (Je fais synthétique). Au passage il a égratigné un bon coup Aristote, « n’importe quoi ».C’est vrai que son histoire de catharsis, faut reconnaître que ça marche pas complètement. Vous voyez de la purification des passions, vous, par le biais de la représentation théâtrale ? 20 siècles après, ça n’empêche pas « la criminalité des banquiers » après des sommets d’horreur au XXe. Faut peut-être s'y prendre autrement. Edward Bond a aussi précisé que Brecht n’avait pas arrangé les choses. Mais qu’on avait quand même eu un joli sursaut avec Tchékhov et Ibsen, sans oublier évidemment Beckett, le nihiliste désespéré. Bond pense qu’on manque de support de pensée. « Darwin, Freud Marx ont fait de mauvaises interprétations et il ne reste plus qu’à chercher un nouveau théâtre en cherchant un nouvel être humain, car nous faisons du théâtre avec ce que nous sommes et ce que nous vivons. »… « Actuellement, nous vivons dans la mémoire de ce qu’est être humain. La subjectivité appartient aujourd’hui à la machine. Nous avons perdu l’accès au centre de la réalité humaine. L’argent avant était un parasite, aujourd’hui, nous sommes devenus ce parasite, ça ne fait plus qu’un. Et le théâtre appartient au marché.» Constat pas joyeux joyeux mais empli de force active et de résistance par les actes. Pour vous faire une idée, courez au Studio de la Comédie française qui se trouve au Carrousel du Louvre pour voir « Existence » mis en scène par Christian Benedetti, jusqu’au 28 avril. Le jour où j’y étais, un spectateur en pétard a quitté la salle au bout de vingt minutes. Croisant le metteur en scène, il lui a dit : « En d’autres temps, je vous aurais provoqué en duel. ». Voilà longtemps qu’une telle chose n’était pas arrivée. C’est dire si ça secoue, ce théâtre ! L’humain chez ce spectateur n’a fait qu’un tour, il s’est senti concerné, convoqué et visé ! Christian Benedetti et Edward Bond, escrimeurs modernes pour l’honneur de la scène.

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Published by Isabelle Bournat, auteur.
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  • Théâtre et poésie, l'insurrection et la célébration, le verbe fervent et le presque-silence. Pour se relier aux autres et partager le Tout et le Rien.
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"Si vous n'engagez pas votre vie,

jamais la vie ne vous appartiendra" : Schiller